Le Japon fait sa rentrée : comment organiser une convention pendant une pandémie ?

Le Japon fait sa rentrée ou comment organiser une convention en période de pandémie
Affiche de l’événement Le Japon fait sa rentrée

Tu le sais, chère lectrice, cher lecteur, le Courrier des Conteurs est un site de passionné pour passionnés. Sachant le rôle de la culture Otaku, du manga, et de la pop culture japonaise dans la culture de l’imaginaire, je devais en parler. J’ai donc suivi l’événement Le Japon fait sa rentrée, organisé par Envie de Japon. Dans la semaine précédant l’événement, le taux d’incidence du SARS-Cov2 dépassait les 50 cas pour 100 000 habitants. C’est ainsi que le port du masque est devenu obligatoire sur toute la ville de Nantes. Organiser une convention en pleine pandémie s’annonçait hasardeux. Beaucoup craignaient une annulation de l’événement, et celui-ci a connu plusieurs désistements. Mais sans contre-ordre, Envie de Japon a maintenu l’événement, pour notre plus grande joie.

De nombreuses conventions avaient été annulées, les exposants ont donc accueilli cet événement à bras ouverts. Nombre d’auteurs, de dessinateurs, d’artisans d’art, n’ont que ce canal pour faire connaître leur travail. En d’autres termes, ils ont connu des mois difficiles. Je devrais plutôt dire « elles », vu la proportion écrasante de femmes. J’y reviendrai.

Envie de Japon : derrière la convention, une boutique dédiée à la culture manga

Au parc du Grand-Blottereau, dans les quartiers du Sud-Est de Nantes, je vois en arrivant un alignement de stands. Dans cette allée unique, je retrouve les différents exposants. Je m’annonce auprès des organisateurs, et fais connaissance avec Envie de Japon. D’un côté, je trouve une association de loi 1901, proposant des activités autour de la culture japonaise. De l’autre côté, je trouve une société gérant une boutique, située au pied de la Tour Bretagne.

La boutique Envie de Japon.
La boutique Envie de Japon

Celle-ci se présente comme un Manga-Café. Le client s’y installe et lit un des nombreux mangas auxquels on lui donne accès. J’avais déjà vu ce genre de boutiques — les manga-kissa — quelques années plus tôt, mais elles n’avaient pas tenu très longtemps. Moyennant une somme modique, tu avais accès pour une certaine durée à un nombre conséquent de manga. Apparemment, ce modèle n’était pas adapté au public français.

Envie de Japon fonctionne différemment : la bibliothèque est en libre accès mais les consommations sont payantes. Outre la partie manga-café, la boutique vend des accessoires et des décorations. Tu trouveras des furoshiki (linges utilisés notamment pour emballer des paquets), mais aussi des plaques pour les portes, des bijoux origami, des tasses personnalisées…

Leur site Web mentionne des produits d’importation à l’approche des fêtes de fin d’année. Mais la plupart des articles sont produits localement. Mieux encore, Envie de Japon travaille de façon permanente avec deux dessinateurs. Ceux-ci produisent bon nombre de leurs articles, dont l’affiche de l’événement.

Je n’ai parlé que de l’activité commerciale d’Envie de Japon. Mais c’est aussi une association de loi 1901 qui promeut la culture japonaise. Elle organise, par exemple, des cours de calligraphie, de dessin manga et de japonais. Sur place, toutes ces activités sont représentées.

Nantaku Project : des événements pour les passionnés de Manga et d’Anime

Très présente, Envie de Japon n’occupe pas toute la convention pour autant, puisque celle-ci compte plusieurs exposants tiers.

Le plus gros stand, hors de ceux d’Envie de Japon, c’est celui de l’association Nantaku Project. Sur place, je trouve une équipe plutôt jeune, et des gens qui se succèdent pour participer à un tournoi de « shifumi ». Au début, le concept me fait sourire, puis une chose me revient : la propension des mangas à rendre épiques des choses finalement assez communes. On se souvient que Yu Gi Oh ! parlait de cartes, Beyblade, de toupies, ou Hikaru no Go… de Go. Partant de là, on voit bien comment une partie de « pierre-feuille-ciseaux » peut l’être aussi. Et le plus drôle, c’est que ça marche : les candidats se bousculent, et l’ambiance est drôle et bon enfant.

En parallèle du tournoi, j’observe leur stand, et je vois des cohortes de cosplayers, dont une partie que j’avais déjà croisée la semaine précédente au pique-nique costumé du parc de la Gaudinière. Le stand annonce la couleur : honneur au cosplay. En regardant les différents documents présents sur la table, cela se vérifie, notamment sur un très bel album photo. Malheureusement, il est en consultation uniquement.

L'album photo de Nantaku Project
L’album photo de Nantaku Project

Dans l’équipe de Nantaku Project, je croise aussi un Youtuber : Selph1ne. Spécialisé dans le jeu vidéo et en particulier la réalité virtuelle, il compte pas moins de 10 000 abonnés sur Youtube et publie de nouvelles vidéos toutes les semaines, avec une esthétique manga marquée, un montage au rythme effréné et une bonne dose d’humour.

Nantaku Project rassemble donc une équipe bon enfant, jeune, et touchant plutôt un public d’adolescents et de jeunes adultes. Mais la convention regroupe une autre partie, sur laquelle j’ai passé beaucoup de temps.

Les artistes et créateurs : des gens qui attendaient de retourner en convention après la pandémie

Des artistes occupaient le reste de la convention, des dessinateurs, et surtout des dessinatrices. Certaines sont éditées, comme Charlotte Wolf ou Little Roisin, respectivement dessinatrice de bande dessinée et illustratrice. D’autres, comme La Dent Noire, Marie-Lo ou Little Malice, en sont à la promotion de leur projet et au démarrage de leur activité.

Liste des exposants illustrateurs
Liste officielle des exposants illustrateurs

Tout le monde semblait d’accord sur ce qu’un événement comme celui-ci pouvait avoir de bénéfique. En raison de la difficulté à organiser une convention pendant une pandémie, la plupart d’entre elles avaient été annulées. Et les créateurs se sont retrouvés privés de débouchés financiers à leurs travaux, faute d’un lieu où les vendre.

Ayant un projet de livre pour enfants illustré, j’ai beaucoup échangé avec Little Roisin et La Dent Noire, et j’ai découvert deux profils très différents. La première est une férue de Disney, du studio Ghibli et autres univers colorés. Dans sa création, on trouve beaucoup de fan-art, mais aussi quelques créations originales, comme Léo et Julien, un livre pour enfants écrit par S.A. William, qu’elle a illustré et publié.

La seconde a construit tout un univers enfantin et horrifique, peuplé de peluches, avec pour décor un cirque. Mignon et effrayant, cet univers fait la frayeur ou le bonheur des enfants. L’histoire est en cours d’écriture, mais les visuels sont nombreux. Sa page Facebook est suivie par un peu plus de 400 personnes et La Dent Noire tient régulièrement un stand… tout du moins, elle le faisait quand il était encore simple d’organiser une convention, avant la pandémie.

C’était bien là le fond du problème. Sans contrat avec une maison d’édition ni réseau de distribution digne de ce nom, des artistes comme celles avec lesquelles j’ai échangé, ont énormément de mal à se faire connaître.

Organiser le fan-art et l’auto-édition après la pandémie ?

Chère lectrice, cher lecteur, tu le sais, la situation sanitaire est très préoccupante. Aussi, le fait d’organiser d’une convention en pleine période de pandémie est un exercice très complexe. Bien que nous soyons à l’ère d’Internet, les artistes-auteurs, illustrateurs, créateurs en général, n’ont pas encore trouvé mieux pour rencontrer leur public. C’est en convention que les échanges avec celui-ci sont les plus faciles. C’est aussi là qu’il est possible de vendre ses productions (sauf à passer par les canaux traditionnels de la distribution en librairie). Aussi les restrictions pesant sur ces événements inquiètent ce milieu, à raison.

Le fait d'organiser d’une convention en pleine période de pandémie est un exercice très complexe
Le fait d’organiser d’une convention en pleine période de pandémie est un exercice très complexe

Nous pouvons espérer qu’organiser des conventions ne sera pas toujours aussi complexe, que la pandémie finira. Mais au vu de la situation, des méthodes alternatives se mettent en place. En juin dernier, par exemple, une convention virtuelle avait été organisée sur les réseaux sociaux. Et d’une manière générale, Envie de Japon, avec sa boutique, les créations originales de ses dessinateurs, ou les productions d’artisans locaux dessine un début d’alternative. Des boutiques permanentes, spécialisées dans ce public de niche, peuvent constituer un nouveau débouché.

L’imagination survivra à la pandémie, mais ton aide est la bienvenue

Si la situation est préoccupante pour les passeurs d’imaginaire que sont les jeunes créateurs, j’aimerais terminer sur une note d’espoir. Même si la diffusion de leur travail est compliquée, les jeunes artistes désireux de t’inviter dans leur monde ne sont pas près de disparaître. Aussi, si tu en croises un ou une, apporte-lui déjà un soutien moral. Parles-en autour de toi, partage sa page Facebook, ou son compte Instagram, ou tout autre réseau social. S’il ou elle a un site Web, partage-le aussi. Si tu aimes vraiment son travail, et si tu as un peu d’argent, achète-lui des créations. Tu peux même le faire ponctuellement, pour lui montrer que ce qu’il ou elle fait vaut quelque chose. Si tu tiens un commerce, comme Envie de Japon, n’hésite pas à t’en servir pour diffuser leurs travaux. Les créateurs et leur public te remercieront.

De même qu’aujourd’hui, je remercie l’équipe d’Envie de Japon pour ce beau dimanche qu’ils nous ont fait passer. Malgré la chaleur et le port du masque, cet événement a fait du bien à tous les amoureux de l’imaginaire. Des aménagements sont annoncés pour les mois qui viennent, permettant le maintien de festivals, c’est donc une affaire à suivre.

Prochainement, d’autres articles vont suivre. N’hésite pas à consulter la rubrique Actu, et à t’abonner à la page Facebook du Courrier des Conteurs.

Quelques liens :
Envie de Japon :
– sur Facebook : https://www.facebook.com/EnvieDeJapon ;
– site Web : http://www.envie-de-japon.fr/ ;
Nantaku Project :
– page Facebook : https://www.facebook.com/NantakuProject ;
La chaîne Youtube de Selph1ne :
https://www.youtube.com/user/alfsmyheart ;
La Dent Noire :
– sur Facebook : https://www.facebook.com/LaDentNoire ;
Charlotte Wolf :
– Sur Facebook : https://www.facebook.com/chrniclesfromutopia ;
– le projet Faun, sur Webtoons : https://www.webtoons.com/fr/challenge/faun/list?title_no=453886 ;
Little Roisin :
– sur Facebook : https://www.facebook.com/little.roisin ;
– sur DeviantArt : https://www.facebook.com/little.roisin ;
Marie-Lo :
– sur Facebook : https://www.facebook.com/MarieLoIllustration ;
– sur le Web : https://marielo-illustration.blogspot.com/

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