Nantes Steampunk City, rétrofuturisme, aventures et imaginaire dans la ville de Jules Verne

Portrait de Jules Verne, originaire de Nantes et grand-père du Steampunk
Jules Verne, Nantais et grand-père du Steampunk

En quoi Nantes est-elle une bonne prétendante au titre de capitale française du steampunk ? Nous sommes ici dans la ville natale de Jules Verne, le père fondateur de la science-fiction en France. C’est un patrimoine que la ville met largement en valeur.

Le lycée Jules Verne, la cité Jules Verne, là encore, cela ne surprend pas trop. Grenoble a bien fait la même chose avec Stendhal, Langres avec Diderot, Besançon avec Victor Hugo… En revanche, il existe aussi un musée Jules Verne, situé quartier Chantenay, qui n’a ouvert ses portes qu’en 1978.

Fallait-il ce temps-là pour que Jules Verne passe du statut d’écrivain populaire à celui d’auteur de référence ? Doit-on faire un lien avec l’effervescence qu’a connue la littérature de l’imaginaire dans les années 1960-1970 ?

Toujours est-il que Nantes s’est construit une image dans laquelle on retrouve deux thématiques chères à l’écrivain. Nous trouvons l’appel au voyage, à l’aventure d’un côté, de l’autre, nous trouvons l’anticipation. Celle-ci dévoile des conjectures technologiques et une véritable poétique de la machine.

Comment Nantes, ville portuaire, lieu de départ, fait le chou gras de l’imaginaire steampunk

Tout port est un lieu de départ, un appel à l’aventure, et Nantes ne fait pas exception. Tu as sans doute déjà vu le Maillé-Brézé, ancien navire militaire transformé en musée. On y ressent déjà cette ambiance, mais celui-ci n’a été mis en eau qu’en 1955. Fait sans doute plus remarquable, Nantes est le port d’attache du Belem, un vieux trois-mâts inauguré… en 1896.

Le Belem, à quai à Nantes, pas vraiment Steampunk, mais quand même dans l'esprit de Jules Verne
Le Belem à quai à Nantes, un navire contemporain de Jules Verne

Quand le navire est à quai, il est ouvert au public. Mais quand il lève l’ancre, il est possible d’y embarquer pour une durée variable. Certaines personnes de ma famille ont déjà expérimenté la vie à bord, qui n’avait pas grand-chose à voir avec une croisière sur un paquebot moderne. En termes d’expérience, nous sommes très proches de la façon dont on voyageait en mer du temps de Jules Verne. Aussi, le cas du Belem est un autre exemple de la façon dont Nantes nourrit l’imaginaire steampunk.

Le voyage à Nantes, ou la chasse au trésor en restant sur place

La ligne verte du Voyage à Nantes
La ligne verte du Voyage à Nantes

Si tu as le mal de mer, comme moi, tu peux aussi retrouver cette ambiance sur la terre ferme. En effet, la ville a prospéré en tant que port, en tant que lieu de départ. Aujourd’hui, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle capitalise sur cette même image. Le Voyage à Nantes en est l’exemple le plus connu. Organisé tous les étés, cet événement met en avant le patrimoine de la ville à travers un chemin balisé. Quiconque a déjà suivi l’événement est familier avec la ligne verte. Celle-ci marque le parcours que jalonnent des œuvres d’art temporaires ou permanentes. C’est aussi l’occasion, comme pour les Journées du Patrimoine, de découvrir des endroits que tu n’irais pas voir autrement.

Des récits d’aventure, d’autres territoires et des cartes, la Géothèque, librairie dédiée au voyage

Alors je te l’accorde, l’imagerie du Voyage à Nantes n’est pas exactement ce qu’on espère voir dans le steampunk. Il s’agit surtout de montrer la place qu’occupe le voyage dans l’imaginaire collectif nantais. J’en ai une illustration qui va sans doute te parler davantage. En faisant mes repérages pour cet article, j’ai croisé sur ma route cette librairie.

La Géothèque, librairie dédiée au voyage, illustration de l'héritage de Jules Verne à Nantes, hors Steampunk
La Géothèque, librairie dédiée au voyage

L’enseigne de la Géothèque affiche un slogan des plus évocateurs : « Vingt-mille lieux sur la Terre ». On peut difficilement envisager un clin d’œil plus explicite à Jules Verne. Et regardant la vitrine, j’ai vu de nombreuses cartes, et des globes à l’ancienne, qui me rappelaient un certain écrivain… C’est donc très logiquement que j’ai passé mon chemin… Je plaisante, bien sûr, je suis entré.

Une fois à l’intérieur, j’ai constaté le parti pris étonnant de cette librairie. Elle ne se limite pas à un type d’ouvrage, cependant tout son fonds a pour thème commun le voyage. Tu y trouveras donc des guides touristiques, mais aussi des romans, des essais, et surtout un stock appréciable de cartes. J’ai d’ailleurs appris que la vente de cartes leur permettait de vraiment se démarquer d’une autre librairie. Enfin, la Géothèque organise régulièrement des rencontres et autres événements. J’irai d’ailleurs à la rencontre d’Emmanuel Ruben, écrivain, le 16 septembre. Épidémie oblige, il faut s’inscrire pour y assister, mais l’entrée est libre.

Les Machines de l’Île, attraction touristique de Nantes, et steampunk qui ne veut pas dire son nom

Le Carrousel des Mondes Marins, attraction touristique à Nantes, et fleuron Steampunk.
Le Carrousel des Mondes Marins

La Géothèque nous a rapprochés de Jules Verne, mais le lien avec le steampunk n’est pas encore évident. Les Machines de l’Île se rapprochent davantage de cet esprit. La compagnie Royal de Luxe, qui s’occupe des Machines, ne revendique pas d’affiliation avec le steampunk. Néanmoins, leur site Web présente le projet comme suit :

« Les Machines de l’île est un projet artistique totalement inédit. Né de l’imagination de François Delaroziere et Pierre Orefice, il se situe à la croisée des « mondes inventés » de Jules Verne, de l’univers mécanique de Léonard de Vinci et de l’histoire industrielle de Nantes, sur le site exceptionnel des anciens chantiers navals. »

Source : les Machines de l’Île : https://www.lesmachines-nantes.fr/le-projet/le-projet-artistique/

Si tu sais ce que doit le steampunk à l’univers de Jules Verne, un monde plein de machinerie, de rouages, de cambouis, de cuivre et de vapeur, tu fais vite le rapprochement. Ce qu’ils décrivent ici entre très exactement dans ce champ.

On est face à une machinerie dont l’esthétique rend hommage à un imaginaire, marqué par la France de la Belle Époque. Il foisonne d’automates sophistiqués en diable et de mondes étranges. Le Grand Éléphant est un exemple emblématique, avec ses innombrables articulations (sa seule trompe en compte un nombre conséquent). L’Arbre aux Hérons aussi a beaucoup fait parler de lui ces dernières années, en tant que produit d’un financement participatif.

Mais dans cet article, c’est du Carrousel des Mondes marins que j’aimerais te parler. Il s’agit d’une attraction permanente des Machines de l’Île. Son esthétique est on ne peut plus ancrée dans la Belle Époque. La pancarte arbore un style Art Nouveau, et les créatures semblent tout droit sorties d’un film de Méliès… Mais un élément se distingue du reste : le carrousel est immense (25m de haut), et se situe sur trois niveaux, des abysses à la surface.

Le steampunk soulève la question Et si… « Et si on n’avait pas généralisé le moteur à combustion interne, comment notre monde aurait-il évolué ? » On aurait retrouvé un certain nombre des technologies qui existaient déjà à l’époque. On les aurait perfectionnées, jusqu’à des niveaux de complexité tels que ceux qu’on trouve dans les Machines de l’Île. Donc oui, même sans le revendiquer, la compagnie Royal de Luxe fait dans le steampunk. En lisant ce qui se dit ailleurs sur le Net, je ne suis pas le seul de cet avis. Cet article publié sur le site d’Akrone, horlogerie nantaise, va dans le même sens. Et cet article de A French Collection, blog britannique dédié à l’art de vivre français, en donne la même description.

L’article sur Akrone va jusqu’à présenter Nantes comme la capitale française du steampunk. Ce n’est pas loin de ce que j’avance non plus.

Les Vaporistes Nantais et la Fabrique Onirique : la communauté steampunk à Nantes

Certes, me diras-tu, l’héritage de Jules Verne est valorisé. Mais ça ne veut pas dire qu’on va trouver partout des afficionados habillés à la mode victorienne. Et je te répondrai… tout dépend si tu sais où chercher. Pour être tout à fait honnête, je ne me suis pas toujours intéressé au steampunk. Je n’y suis pas venu ; dans une ville comme Nantes, c’est plutôt lui qui est venu à moi. J’ai entendu parler pour la première fois des Vaporistes Nantais au Festival des Utopiales 2017. Pendant un temps, j’ai suivi de loin l’activité de l’association, et il y a quelques mois, je les ai rejoints.

Les Vaporistes Nantais et Cie se réunissent tous les premiers vendredis du mois dans le cadre des Apéristeams. Plusieurs choses étonnent quand on y va la première fois. Je ne parle pas du fait qu’ils soient tous costumés, c’est relativement évident. Mais chez eux, le costume, c’est un art de vivre. Quand je pose la question des endroits où ils ont trouvé de quoi le réaliser, la réponse est invariablement la même : une part de récupération, de passage par les boutiques spécialisées, dont fait partie la Fabrique Onirique, et surtout, beaucoup de travaux manuels.

La Fabrique onirique, boutique de Nantes dédiée au Steampunk
La Fabrique Onirique, boutique dédiée au steampunk

Je dois d’ailleurs te présenter la Fabrique Onirique. Située 15 rue des Vieilles Douves, à Nantes, près de la place Royale. Cette boutique est une porte ouverte sur l’imaginaire. Ici, ça ne te surprendra pas, le steampunk est vraiment à l’honneur. On trouve des costumes victoriens, des bijoux dans le style de la fin du XIXe siècle ou au contraire, restylés avec des teintes cuivrées et des rouages. Beaucoup de ce qui s’y vend est artisanal, certains articles sont produits par les deux associées de la boutique, d’autres le sont par des partenaires. La Fabrique Onirique possède aussi un studio photo en arrière-boutique. Tu pourras t’y faire tirer le portrait en costume si tu le souhaites.

C’est un des exemples des activités économiques qui se développent autour de la culture Do It Yourself. Plusieurs des Vaporistes sont photographes, professionnels ou amateurs, d’autres s’intéressent à la fabrication d’objets divers. On trouve un ébéniste, un ancien mécanicien auto, encore passionné d’automobile, une mordue de SF qui nous a présenté une horloge d’un autre monde (avec son propre découpage horaire), etc. Le steampunk est un vaste appel à faire, à fabriquer. C’est sans doute la particularité de cet imaginaire : la volonté de fabriquer des objets ou des costumes, de donner vie à un univers y est plus marquée qu’ailleurs.

Quand Nantes, la ville du steampunk, ouvre d’autres imaginaires

Quand on parle de steampunk, il faut comprendre que cet imaginaire a nourri largement la production d’œuvres de fiction. D’ailleurs, la Fabrique Onirique vend aussi des produits liés à des licences (Doctor Who, Harry Potter), un des Vaporistes a revisité Dark Vador à la mode Steampunk, etc. S’il y a eu le dernier Apéristeam le 4 septembre dernier, deux jours plus tard, un rendez-vous costumé réunissait amateurs de Steampunk, cosplayers, et joueurs de GN. L’Association et Forum des Aiguilles et des Costumes, qui organisait l’événement, ne se revendiquait pas du Steampunk. Cependant, le costume de la présidente témoignait là encore d’une appétence pour ce genre d’univers.

Cependant, on peut aimer le steampunk en particulier, et la science-fiction en général. Cela explique d’ailleurs pourquoi d’une manière générale, la culture geek se porte plutôt bien à Nantes, comme en attestent les conventions qui s’y tiennent. Néanmoins, le steampunk, en raison de l’héritage de Jules Verne, occupe une place particulière dans l’imaginaire collectif local. La science-fiction a de nombreux visages, et à Nantes, elle n’arbore pas n’importe lequel. La chose est bien illustrée à travers l’identité visuelle des Utopiales, festival de science-fiction de Nantes. Cela vaut pour sa charte graphique (reprenant les typographies du début du XXe siècle), mais aussi pour les affiches aux imaginaires puissants. Juge plutôt avec celle de l’édition 2020 (qui, espérons-le, aura bien lieu).

Affiche des Utopiales 2020 : Nantes, le Steampunk, l'héritage de Jules Verne, tout y est !
Affiche des Utopiales 2020 : Nantes, le Steampunk, l’héritage de Jules Verne, tout y est !

Je viens de dresser un portrait de Nantes, la ville du steampunk, et j’ai effleuré le sujet. Aussi, je peux d’ores et déjà t’annoncer que j’écrirai d’autres articles à ce sujet. J’y parlerai plus en détail des Vaporistes Nantais, ou du Festival des Utopiales, auquel je compte bien assister. D’ici là, porte-toi bien, et à la semaine prochaine pour de nouvelles aventures.

Prochainement, d’autres articles vont suivre. N’hésite pas à consulter la rubrique Actu du site, et n’hésite pas à t’abonner à la page Facebook du Courrier des Conteurs.

Ressources en ligne :

— la Géothèque :
page Facebook : https://www.facebook.com/lageotheque/?ref=page_internal;
— le Voyage à Nantes :
site Web : https://www.levoyageanantes.fr/;
page Facebook : https://www.facebook.com/voyageanantes;
— Les Machines de l’Île :
site Web : https://www.lesmachines-nantes.fr/;
page Facebook : https://www.facebook.com/machinesnantes;
— Les Vaporistes Nantais et Cie :
site Web : https://vaporistesnantaisetcie.wordpress.com/;
page Facebook : https://www.facebook.com/VaporistesNantais ;
— La Fabrique Onirique :
site Web : https://www.lafabriqueonirique.fr/;
page Facebook : https://www.facebook.com/fabrique.onirique;
— Les Utopiales :
site Web : https://www.utopiales.org/;
page Facebook : https://www.facebook.com/utopiales.nantes .

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